Les 5 ans de l’Accord de Paris

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Il y a 5 ans, le 12 décembre, l’Accord de Paris est signé dans le cadre de la COP 21. Cet accord historique est ambitieux : limiter le réchauffement climatique à un niveau inférieur à 2°C et atteindre la neutralité carbone à horizon 2050. 

Cinq ans après l’Accord de Paris, où en est-on ?

L’Accord de Paris, qu’est ce que c’est ?

Pour comprendre son enjeu, il est crucial de connaître la raison de son existence. Allez, je te récap tout ça ! 

Naissance de l’Accord de Paris durant la COP21

Cet accord a été voté à Paris lors de la COP 21. 

Si tu es un peu perdu avec toutes ces COP, pas de panique, je rembobine. 

En 1992, lors du sommet de la Terre à Rio, 178 pays se sont réunis pour la conférence décennale de lONU sur l’environnement et le développement. Gros chamboulement à l’époque, avec des avancées significatives, notamment concernant le développement durable qui a enfin dégoté sa définition officielle. 

C’est d’ailleurs à Rio, que les états ont signé la Convention sur le climat qui acte une réunion annuelle pour parler « climat » à partir de 1995.

Lors de la COP3, à Kyoto, c’est la première fois qu’un protocole contraignant est mis en place pour lutter contre le réchauffement climatique. Pas de bol, les deux principaux émetteurs de gaz à effet de serre du monde (pour ne pas dénoncer : les USA et la Chine), n’ont pas ratifié ce traité à ce moment-là. Ce qui n’a pas été d’une grande efficacité…

Pour te la faire rapide et t’éviter un résumé de toutes les COP, il n’y a pas eu de véritables révolutions avant la COP21 de Paris. Si tu te demandes pourquoi, c’est tout simplement que les enjeux environnementaux sont indissociables des problématiques économiques, sociales et diplomatiques ce qui entraine un processus long et complexe.

Surtout que sont conviés également des acteurs non gouvernementaux (ONG, entreprises, villes, citoyens etc.) afin de représenter au mieux la société. Bref, toutes ces COP sont souvent fastidieuses

Mais ça c’était avant l’Accord de Paris

Le monde retient son souffle et il compte sur nous tous

Laurent Fabius

En 2015, la pression est sur les épaules du gouvernement Français, qui a fait de cet évènement, une importance primordiale, tant au niveau international que national. L’enjeu était grand, convaincre 196 pays de faire tout leur possible pour contenir le réchauffement climatique bien en dessous de +2°C, voire le limiter à +1,5°C. 

L’Accord de Paris a été ouvert à la signature le 22 avril 2016 – Jour de la Terre – au siège des Nations Unies à New York. Il est entré en vigueur le 4 novembre 2016. 

Les pays concernés 

Cet accord est une petite révolution pour la communauté internationale qui ne s’était pas entendu sur un objectif climatique depuis 1997 et le protocole de Kyoto. Ce qui est « beau », c’est que l’objectif est universel, commun à l’ensemble des 196 pays signataires et n’a pas un objectif différencié suivant le niveau de développement (comme c’était le cas pour Kyoto).

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Graphique de Statista et La Tribune

L’Accord de Paris rassemble aujourd’hui tous les pays Parties à la Convention-cadre des Nations unies sur les Changements Climatiques (CCNUCC).

Entre-temps, la Syrie s’est rajouté au traité quand les États-Unis ont décidé de se retirer sous Donal Trump. Joe Biden a d’ailleurs annoncé le retour des États-Unis début 2021.  

Il faut aussi savoir que l’UE joue un rôle central en montrant la voie au niveau mondial. Son impact est décisif dans l’action internationale menée pour lutter contre le changement climatique. Ursula von der Leyen, présidente de la Commission Européenne a d’ailleurs décidé de montrer l’exemple avec le Green Deal (pacte vert) en 2019. 

Les objectifs de l’Accord de Paris

Rentrons dans le vif du sujet avec les fameux objectifs ! Au programme : 

Réduire les émissions de gaz à effet de serre 

Pour te la faire courte, cet objectif principal a pour but de renforcer la réponse mondiale à la menace du changement climatique en maintenant l’augmentation de la température mondiale à un niveau bien inférieur à 2 degrés Celsius (par rapport aux niveaux préindustriels). Le but étant de poursuivre ces efforts pour limiter encore davantage l’augmentation de la température à 1,5 degré Celsius

Pourquoi ce chiffre ? Tout simplement car au-dessus, des conséquences catastrophiques nous attendent comme des ouragans dévastateurs, températures caniculaires, migrations massives à cause de la faim, des inondations et des sécheresses ainsi que des incendies gigantesques. J’en passe mais pour faire court cela nous emmènera tout simplement vers un possible effondrement de notre civilisation

Atteindre la neutralité carbone

Le deuxième objectif (étroitement lié au premier) est de parvenir au plafonnement mondial des émissions dans les meilleurs délais. Pour ça l’accord vise à accroître la capacité des pays à faire face aux impacts du changement climatique et à rendre les flux financiers compatibles avec un faible niveau d’émissions de GES. 

Les États ont donc comme objectif d’accélérer et intensifier les actions et les investissements nécessaires à un avenir durable à faible intensité de carbone. En gros, ça veut dire désinvestir des énergies fossiles. D’ailleurs, si tu ne sais pas vraiment ce que finance ta banque avec ton argent, je t’invite à lire mon article sur le sujet. 

Si tu n’es pas au clair avec la neutralité carbone, c’est une façon de parvenir à un équilibre entre les émissions et les absorptions anthropiques par les puits de gaz à effet de serre. En gros on diminue les GES en les compensant par des puits de carbone (forêts, océans…). 

Soutenir les pays en voie de développement 

Pour atteindre le pic des émissions mondiales dès que possible, les États reconnaissent que cette évolution sera plus lente dans les pays en développement. Il y a donc un soutien accru pour soutenir les pays en développement à s’investir dans le climat. 

Cette adaptabilité rappelle le principe des « responsabilités communes mais différenciées » de 1992. Pour ça, l’accord souhaite que « les pays développés continuent de montrer la voie en assumant des objectifs de réduction des émissions en chiffres absolus ».

Des moyens ont été mis en place, notamment avec le plancher d’aide climatique aux pays en développement qui a été fixé à 100 milliards de dollars (91 milliards d’euros) par an. Il sera d’ailleurs revu au plus tard en 2025.

Miser sur la transparence et le suivi 

L’Accord prévoit également un cadre de transparence total. Touts les pays membres doivent prouver qu’ils font tout leur possible pour présenter des « Contributions déterminées au niveau national » (CDN). Les pays concernés doivent donc rendre leur copie régulièrement concernant leurs émissions et leurs efforts de mise en œuvre.

Afin de vérifier les objectifs annoncés, un bilan mondial de l’accord sera dressé en 2023 puis tous les cinq ans. Ce cycle de révision a pour but d’évaluer les progrès collectifs accomplis et d’éclairer les actions individuelles.

Le bilan de l’Accord de Paris 5 ans plus tard 

Beaucoup de choses ont changé depuis la conclusion de l’Accord de Paris sur le climat. Une véritable prise de conscience a eu lieu, notamment durant la crise sanitaire.

Pourtant nous sommes encore bien loin du compte. 

Un paquet climat pour apporter plus de précisions

Le paquet climat de Katowice adopté lors de la conférence des Nations unies sur le climat (COP24) en décembre 2018 apporte des règles, procédures et orientations communes et détaillées qui concrétisent l’Accord de Paris.

Concrètement, il couvre tous les domaines essentiels, y compris la transparence, le financement, l’atténuation et l’adaptation. Cela permet également aux Parties de renforcer progressivement leurs contributions à la lutte contre le changement climatique, afin de réaliser les objectifs à long terme de l’Accord.

Les chiffres ne sont pas bons 

Le bilan à l’international 

Émissions globales et températures

Le verdict est tombé, nous continuons à émettre trop de gaz à effet de serre dans l’atmosphère. 

Plus inquiétant encore, elles ont même augmenté en moyenne de 1,5% chaque année pendant la dernière décennie. 

Pour en rajouter une couche, les 5 dernières années ont été les les plus chaudes depuis le début des relevés météorologiques, pour atteindre en 2020 environ 1,2°C de plus par rapport aux niveaux préindustriels.

Aujourd’hui, si on additionne l’ensemble des contributions nationales, il apparaît que le réchauffement climatique devrait être de +3,5°C en 2100, ce qui reste encore loin de l’objectif fixé. Nous avons donc besoin d’une réaction plus que rapide durant les dix prochaines années.

Évènements météorologiques extrêmes et déplacements de population

D’après les sources de Réseau Action Climat, en 2019, 820 événements météorologiques extrêmes ont été recensés. En 5 ans, ce chiffre a augmenté de plus de 20 %, pas très rassurant, je te l’accorde. 

Surtout que ces évènements ont des conséquences directes sur les populations qui les subissent. En 2019, au moins 24,8 millions de personnes ont été déplacées à cause de catastrophes « naturelles ». Ce chiffre a bondi de 30 % en 5 ans (19,1 millions de nouveaux déplacés en 2014). 

Les énergies renouvelables stagnent

Les 10 principaux pays producteurs d’énergies fossiles vont dépasser largement les limites de l’Accord. Quant aux énergies renouvelables, elles stagnent depuis 2015 passant de 17 % à 17,3 % seulement en 2018

Le bilan en Europe 

Même avec son rôle de premier de la classe l’Europe reste malheureusement à la traine par rapport aux objectifs attendus. 

Émissions de gaz 

Alors attention, Il y a bien eu une diminution d’émissions de gaz à effet de serre en Europe. En 2019, l’Europe a baissé ses émissions de 4 %, ce qui est une bonne nouvelle et prouve que des efforts ont été fait. Cependant, il faudrait une baisse d’au moins 7,6 % par an d’ici à 2030, pour contribuer à l’objectif de 1,5 °C. 

Une sortie difficile du fossile et du charbon 

Commençons par la bonne nouvelle, voire l’excellente ! Cette année, les énergies renouvelables représentent 40 % de l’électricité produite en Europe passant devant les énergies fossiles pour la première fois. Il y a eu un sacré boulot car cinq ans auparavant, elles ne représentaient que 30 % de l’électricité en Europe. Le Portugal est même passé au 100 % renouvelable depuis mars 2020. 

Sur cette belle note se cache pourtant plus de 50 milliards d’euros d’argent public qui soutiennent encore les énergies fossiles en Europe chaque année, selon la Commission européenne.

En ce qui concerne le charbon, les émissions en Europe ont été divisées par deux depuis 2012. Trois pays ont récemment arrêté l’exploitation du charbon : la Belgique, la Suède et l’Autriche. 11 autres ont annoncé leur future sortie d’ici à 2030.

L’Allemagne prévoit de sortir du charbon en 2038

Le bilan en France 

Malheureusement les émissions du territoire national diminuent bien trop lentement pour respecter les objectifs du pays. Pour te donner des chiffres, l’an dernier, elles ont baissé de moins de 1%, soit presque 4 fois moins vite que le reste de l’Union Européenne. Nous devrions baisser nos émissions de C02 de 1,5% par an, or elles ne diminuent que de 0,9% soit presque moitié moins que nécessaire.

En août 2019, le gouvernement a saisi le Haut Conseil pour le Climat afin qu’il se penche sur de nouvelles pistes. De même pour la Convention Citoyenne pour le Climat qui a mis en place des mesures proposées par 150 citoyen.nes tirées au sort. Pour le moment l’État écoute ces deux organisations mais n’agit pas en conséquence.

Émissions globales 

Entre 2015 et 2019, les émissions sectorielles de la France (total des émissions des différents secteurs sans les puits carbone) ont baissé de 3,7 %. Pour respecter les budgets carbone fixés en 2015 elles auraient du baisser de 9 %. Encore un sacré retard sur ce point là. 

Énergies renouvelables 

Il y a du mieux mais l’objectif n’est malheureusement pas atteint. La part des énergies renouvelables est passée de 15,1 % en 2015 à 17,2 % en 2019. Malgré cette augmentation, l’objectif de 19,8 % pour 2019 n’est pas atteint et l’objectif 2020 fixé par l’Union européenne de 23 % ne sera pas respecté.

Pour retrouver l’impact de chaque émission sectorielle, je t’invite à lire le rapport de Réseau Action Climat. 

Un paradoxe inquiétant 

Avec la crise sanitaire, les gouvernements du monde entier ont agi de manière ultra-rapide. Si toutes les décisions n’étaient évidemment pas parfaites, ils ont su s’adapter rapidement pour répondre à la menace. 

Le problème avec le réchauffement climatique est qu’il donne le sentiment d’un problème lointain à résoudre toujours plus tard alors que l’action doit être menée maintenant.  

Le rapport « spécial » du GIEC sur les conséquences d’un réchauffement planétaire de 1.5°C, paru le 6 octobre 2018, est alarmant, et appelle à un changement radical

Nous sommes tous concerné.es, que ce soit à long, moyen ou court terme. 

Mobiliser toute la planète est donc une étape nécessaire pour lutter contre le changement climatique.

Tu l’auras compris,  l’action c’est maintenant !

La justice climatique comme ultime recourt 

L’Affaire du siècle 

Si les États membres ne respectent pas leurs objectifs, les citoyens ou autres organisations peuvent se rendre au tribunal pour exiger qu’ils soient respectés. C’est ce que l’Affaire du siècle a tenté de faire en appelant à une justice climatique. 

Notre Affaire à Tous, la Fondation Nicolas Hulot pour la Nature et l’Homme (FNH), Greenpeace France et Oxfam France assignent l’État français en justice devant le Tribunal administratif de Paris pour inaction face aux changements climatiques. Leur objectif est de faire reconnaître par le juge l’obligation de l’État d’agir.

Et ils ne sont pas les seuls, ailleurs dans le monde, des tribunaux ont déjà contraint des États à agir face aux dérèglements climatiques !

L’État mis en demeure pour inaction climatique 

En attendant, une décision historique a été prise en France en novembre 2020. Le Conseil d’État a demandé à ce que les parties produisent des preuves sur le respect ou le non respect des objectifs. C’est Damien Carême, l’ancien maire de Grande-Synthe aujourd’hui eurodéputé qui est à l’origine de la plainte déposée en 2019 auprès du Conseil d’État. 

La France doit donc rendre sa copie dans les 3 mois afin de démontrer qu’elle peut parvenir à réduire 40% de ses émissions avant 2030

Maintenant ou jamais 

Le moment pour relancer la coopération internationale 

Ce week-end du 12/13 décembre 2020, se déroule le Sommet co-organisé par la France avec le Royaume-Uni et le Secrétaire général des Nations Unies. Son but est de réaliser un bilan honnête des 5 années écoulées depuis l’adoption de l’Accord de Paris

Quand on connaît l’écart entre les engagements et les actions, on ne risque pas d’avoir de grandes surprises. C’est bien pour cela que l’on attend de ce sommet une révision nécessaire

D’après Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères de l’époque, le texte est « différencié, juste, durable, dynamique et juridiquement contraignant ». Pourtant on s’aperçoit en lisant les quelques pages de l’Accord de Paris que les obligations de réductions d’émissions de gaz à effet de serre sont écrites de façon très vague et laisse une marge de manoeuvre considérable aux États.

Le texte est en effet peu contraignant. C’est une déclaration d’intention, sans aucune mesure coercitive (aucun système de sanction, en cas de non respect des objectifs fixés). 

Comme dit auparavant les États doivent seulement faire preuve de transparence sur leurs émissions de gaz à effet de serre et sur les moyens déployés pour les réduire. 

Le combat de la dernière chance pour l’Europe. 

Le 10 et 11 décembre 2020, les chefs d’État et de gouvernement européens se sont réunis pour définir un nouvel objectif européen de réduction des émissions de gaz à effet de serre pour 2030. C’était la dernière chance pour l’Union européenne de relever son ambition climatique avant la date butoir de 2020, et ainsi d’envoyer un signal fort au reste du monde.

La France doit passer aux actes 

Notre pays a le devoir de pleinement s’engager dans le réchauffement climatique en s’accordant au niveau d’ambition préconisé par la science. C’est-à-dire, réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 65 % d’ici à 2030 en mettant en place des objectifs d’absorption par les puits carbone naturels, comme les forêts et les sols. Mais aussi de garantir la qualité des politiques climatiques européennes et préserver la justice sociale à travers le Green Deal européen. Enfin la France se doit de renforcer la solidarité européenne sur le climat en maintenant l’investissement dans la transition écologique. 

L’enjeu de l’après COP21 est donc d’engager pleinement les entreprises, les collectivités et citoyen.nes dans des actions de réduction.

La planète, le vivant, ont besoin de l’action de tous et toutes. Et pour ça nous devons rester informer et intranquilles. Je compte sur toi. 

Et si l’année 2021 était enfin l’année du climat ?

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