Les dessous du bio

La bio représente une réelle alternative en matière de consommation à la fois pour l’environnement, notre santé et la biodiversité. Pour ça, elle doit se démocratiser, tout en respectant ses fondements et ne pas tomber dans les pratiques du conventionnel. 

Dans cet article je te parle du bio, à la fois alimentaire mais pas que ! Du bio tu peux en retrouver dans tes cosmétiques, dans tes produits ménagers, bref un peu partout dans ta vie quotidienne ! Il est censé apporter des nutriments sains à tes aliments et de l’efficacité dans tes cosmétiques ou produits ménagers. 

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Les bases de la consommation biologique

Alternative à l’agriculture conventionnelle

Dans les années 60, l’agriculture intensive bat son plein. Après les promesses de rentabilité, il faut bien nourrir la population mondiale de plus en plus grandissante. Et pour cela, l’État favorise les grandes surfaces agricoles à l’aide de subventions afin de les munir de machines, d’engrais, de pesticides, et de nombreuses méthodes productivistes. 

L’objectif est fixé : développer une production agricole efficace, régulière nécessitant peu de main d’oeuvre.  

Dans cette course folle au développement international, certaines personnes ont rapidement décelé les limites sociales et environnementales de cette politique agricole. Ces précurseur.ses se sont retroussé.es les manches et ont inventé un système alternatif. C’est là que l’agriculture biologique fait son arrivée fracassante dans le but de maintenir un modèle agricole respectueux de l’environnement, des producteurs et de notre santé.

Les valeurs du bio

L’esprit du bio rejoint la fameuse notion de « consommer mieux ». 

C’est bien beau mais encore faut-il se mettre d’accord sur la définition de cette fameuse consommation responsable. Je pense que si tu me lis ici, tu me rejoins dans l’idée qu’il est impossible de dissocier ces trois facteurs : environnement, éthique, santé.

Consommation durable

Afin d’être durable, le processus de production du champ au produit fini doit se faire dans le respect de la planète. Pour ça, il faut se détacher de l’idée que nos ressources sont illimitées et nos sols infatigables. 

L’accumulation des monocultures arrosées de produits chimiques, distribuées via des transports longues distances ne font qu’accentuer ces dérives. 

Une consommation durable doit donc s’éloigner au maximum de ces productions conventionnelles qui émettent des tonnes d’émissions de gaz à effet de serre et empoisonnent les milieux naturels.

Consommation éthique

Les producteur.ices doivent être correctement rémunérées. Et pour ça, il faut accepter de payer plus cher. Mais ce n’est pas tout ! 

Limiter les intermédiaires est un réflexe à adopter afin d’optimiser la transparence sur les produits et éviter les généreuses marges sur le dos des producteur.icess et consommateur.ices. 

Consommation saine 

Si l’on suit le respect de la planète et celui des producteur.ices, il est impossible d’oublier l’aspect sanitaire. D’où la nécessité absolue de mettre de côté les substances néfastes, allergènes, cancérigènes, et j’en passe. 

Le modèle bio est donc plus résilient face au conventionnel, les producteur.ices sont plus indépendant.es et les consommateurs engagés. En voilà une belle transition !

Une histoire de labels, pas si claire

À boire et à manger avec les labels bio…

AB et Eurofeuille

Si tu pensais pouvoir te fier à ces deux labels les yeux fermés, Tu ne vas pas être déçu ! 

Le label AB est le principal label bio Français. Créé en 1985, il permet aux français de distinguer les produits d’agriculture biologique des produits d’agriculture conventionnelle.

Ce label fiable a été remplacé en 2019 par le label bio européen Eurofeuille plus laxiste en termes de réglementation en autorisant notamment 0,9 % d’OGM (organisme génétiquement modifié) dans les produits bio, des traitements médicamenteux (trois par an maximum pour les poules pondeuses par exemple), et la mixité bio et non bio des exploitations.

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Si ce label Eurofeuille  permet d’harmoniser la réglementation dans les différents échanges entre les pays il reste encore très light. 

Pour faire simple, ces deux labels contrôlent principalement le taux de pesticide du produit, et c’est tout. Rien n’est dit sur le nombre de kilomètres parcourus, sur l’emballage, sur les dégâts de la monoculture sur les sols et la biodiversité. 

Prenons l’exemples des tomates. Elles peuvent pousser sous serres chauffées, sur de très grandes surfaces, être ramassées par des travailleurs immigrés payés une misère. Eh bien cette production de tomates peut tout de même porter fièrement le label bio.

Pour cette raison, certains producteurs ont préféré créer des labels en adéquation avec leur vision de l’agriculture biologique. 

Bio Cohérence, et les autres 

Les labels Bio cohérence, Demeter, Nature & Progrès, Eco-Cert, Bio Equitable et Bio Solidaire, sont tous des labels bien plus exigeants que ceux d’AB ou Eurofeuille. 

Chaque label bio a son domaine d’engagement, c’est pourquoi il n’existe pas de “meilleur label bio”. 

Ça vaut le coup de s’y pencher plus précisément grâce à cet article pour ne plus tomber des nues à chaque fois que l’on se retrouve face à ces dizaines de labels différents. 

De la bio au bio

La bio, le bio : le jeu des 7 différences 

Les puristes diront qu’il y a « la bio » et « le bio » afin de différencier le concept initial et sa transformation capitaliste. 

Si tu ne vois pas encore bien la différence, pas de panique, je t’ai classé ça en 7 points. 

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Une philosophie vis produit fini 

LA bio, désigne l’approche globale de l’agriculture biologique. Elle prend donc en en compte les externalités positives comme la préservation de la biodiversité et le lien social. C’est une démarche environnementale et sociale, considérée comme un réel projet politique donnant une chance aux agriculteur.ices comme aux consommateur.ices. 

LE bio au masculin, quant à lui revient essentiellement à parler du produit final en oubliant toute la partie externe. Il n’a rien à voir avec « la bio » car il est distribué en masse et ces méthodes de production sont similaires au système conventionnel (intensif).

Origine des produits 

La bio, doit être produite et consommée localement. 

Le bio, lui n’a aucune restriction en matière d’origine. Les matières premières peuvent venir de Chine si elles sont moins chères, pourtant le produit reste bio. L’importation est même favorisée car le coût est moindre aux vues des grilles salariales bien plus faibles dans certains pays étrangers. De plus, le bio hors UE est soumis à moins de restrictions. 

Production respectueuse de la planète

La bio est issus d’une agriculture paysanne qui respecte la terre et le rythme des saisons. 

Tandis que le bio ne prend pas en compte cet aspect. Au contraire, transporter les marchandises en avion n’a rien de choquant, produire des fraises en hiver sous serres chauffées est autorisé par les labels principaux. 

Le prix

La bio est proposée au prix juste, c’est-à-dire à un prix qui respecte à la fois le producteur.ice et le consommateur.ice. 

Le but du bio est principalement financier. Il est souvent proposé à bas prix car produit en masse sans prendre en considération les aspects sociaux et environnementaux, recours à l’importation de produits certes moins chers mais soumis à moins de restrictions.

Responsabilité sociale 

Si la bio milite pour un prix juste, c’est notamment pour pouvoir rémunérer de manière décente les producteur.ices. 

Le label bio européen  ne prévoit aucune règle sociale. Le bio peut être produit pas des personnes très faiblement rémunérées ne profitant absolument pas des marges fixées par la grande distribution. 

Le profit au détriment des valeurs paysannes

Respect de la nature, solidarité entre producteur.icess, autonomie alimentaire, diversité des cultures et des élevages, etc.), étaient les bases de la bio. 

Pourtant, les défenseur.ses de l’agriculture paysanne et locale s’inquiètent de voir apparaître les procédés de l’agriculture conventionnelle appliqués au bio, avec la mécanisation accrue de la production et la pression de la grande distribution.  

Les progrès technologiques et industriels participent à la disparition, raréfaction voire même remplacement des produits artisanaux par des substituts industriels. 

Aspect gustatif et contrôle sanitaire du produit 

La bio propose des produits de grande qualité à la fois gustative et nutritionnelle grâces aux semences paysannes #byemosanto. 

Pour ce qui est du bio conventionnel, c’est normalement similaire concernant l’aspect sanitaire où les risques s liés aux OGM sont fortement réduits. 

Ce n’est pas la même histoire concernant les valeurs nutritives. Avec la standardisation et l’homogénéisation des produits, une perte en qualité nutritionnelle et gustative est inévitable. 

Pour rappel, notre nourriture serait jusqu’à cent fois plus pauvre sur le plan nutritionnel qu’il y a 50 ans. La faute à une agriculture intensive qui appauvrit les sols et les cultures. C’est ce qui est en train de se passer avec le bio industriel, parfois même produit hors-sol.

Des bios différents en fonction du circuit de vente 

Comme pour les labels, les produits biologiques ne sont pas de qualité équivalente en fonction des circuits de vente.  

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Le bio de supermarché, course au prix bas 

Tu l’auras compris le bio de supermarché c’est pas dingue, pourtant c’est là où est acheté en majorité le bio (55%). 

Et ce n’est pas pour rien. Les grandes surfaces nous bassinent à longueur de journées avec leurs slogans et promesses telles que « Le Bio… pour tous ! » pour Carrefour,  «  rendre le bio accessible à tout un chacun » pour Auchan ou « le bio pas cher » chez Intermarché.  

Ces enseignes sont les spécialistes des promos, et bonnes affaires. Malheureusement, si un produit bio est vendu au prix juste, il n’y a pas la place pour ces réductions. 

Les conséquences de cette course aux prix sont désastreuses : faibles rémunérations des agricultueurs/ices, recours à l’importation de produits certes moins chers mais soumis à moins de restrictions et cultivés par une main d’oeuvre low cost, création d’une concurrence déloyale avec les productions paysannes du territoire. 

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En proposant des tomates et des fraises en hiver dans les grandes surfaces, la grande distribution répond davantage à une demande, plutôt qu’à des critères éthiques.

Claude Gruffat, président de Biocoop, s’est penché sur le sujet avec l’écriture de son livre « Les dessous de l’alimentation bio ». Dedans, il explique que la production de masse et le productivisme ne sont pas empêchés par le règlement européen de l’agriculture biologique.

Pourtant en suivant le modèle conventionnel en bio, nous allons atteindre les mêmes limites avec des conséquences similaires à l’agriculture conventionnelle. 

« Le modèle de la grande distribution est incompatible avec la Bio » 

Claude Gruffart

Le suremballage est également un autre problème majeur du bio emballé. Celui-ci est parfois obligatoire en fonction de certains labels.

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Fou, non ? 

Les magasins spécialisés 

Les enseignes spécialisées comme, Biocoop, Bio c bon, La vie claire, Naturalia ont la cote. Si les labels proposés dans ces magasins sont souvent plus exigeants que dans les GMS (grandes et moyennes surfaces), il faut tout de même faire attention. 

Quand on regarde de plus près, la plupart des magasins bio spécialisés sont tenus par ces fameuses GMS, Eko Lea nous décrypte la situation : 

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Les artisans commerçants 

Les boucher.es, boulanger.e ou tout autre commerçants de proximité peuvent également te proposer des produits bio transformés. À toi de vérifier les labels ! 

La vente directe 

Avec ce type de vente, les producteur.ices sont directement au contact des consommateur.ices que ce soit à la ferme, sur les marchéssalons ou foires

Le circuit court est l’une des manières les plus durables pour se procurer des produits bio.

Le bio en ligne

C’est un modèle qui se développe à toute allure et qui est cohérente. Encore faut-il se lancer avec les bons acteurs. LaFourche ou encore AuroreMarket proposent des milliers de références et font en sorte que leurs émissions de GES soient plus faibles que les grandes surfaces.

Je trouve cette alternative géniale pour ne plus se casser la tête à trouver des produits bio parfois compliqué à dénicher, comme le papier toilettes par exemple…

L’avenir du bio

Bio success story 

Le marché du bio enregistre une croissance exponentielle de ses ventes (13,5 % en 2019). Son chiffre d’affaires total dernièrement enregistré en France est de 11,93 milliards d’euros. Et ce n’est que le début.

Si tu veux creuser le sujet,  l’Agence BIO a mené une étude sur : « Le bio sera-t-il le moteur de la tendance sociétale du  consommer moins mais mieux» ? » auprès d’un échantillon représentatif de 2 000 Français de plus de 18 ans.

Les limites du bio 

Tu l’auras compris, le bio industriel est un paradoxe, similaire à celui du développement durable. Il est impossible d’isoler un problème en oubliant ses externalités. Pour le bio mettre sur le devant de la scène la réduction des OGM permet de cacher les externalités sociales et environnementales et ça ne fait aucun sens. 

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Pour autant, la bio aura du mal à nourrir la totalité des habitants sur Terre, alors que faire ? 

Bio ou pas bio : misons sur une consommation responsable 

Si tu es arrivé.e jusque là, bravo. Tu te dis peut-être « ok mais on fait quoi du coup ? »

Déjà, ce serait pas mal d’arrêter cette course effrénée au bio à tout prix, et se tourner vers une agriculture plus « paysanne ».

J’entends bien que cette agriculture connaît également des failles aux vues des disparités sociales, géographiques et politiques. Alors faisons en sorte de faire de notre mieux avec ce que nous avons. 

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Ensemble, nous pouvons faire la différence. 

Sources :

  •  » Les dessous de l’alimentation bio » de Claude Gruffat
  • Podcast,  GreenLetterClub – episode 5 –  » bio, comment démocratiser l’alimentation »
  • Podcast, Splash « Le passage de l’agriculture au tout bio est-il possible ? »
  • Kaizen : « différencier la bio du bio industriel »

2 commentaires sur « Les dessous du bio »

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