Zéro déchet, du mythe aux limites

« J’ai réussi à faire rentrer mon année de déchets dans un bocal d’un litre ». Voilà l’introduction typique d’ouvrages spécialisés dans le zéro déchet (ZD pour les spécialistes). Au fil des pages, ces expert.es nous livrent leurs précieux conseils pour s’alléger matériellement et vivre avec le strict nécessaire. 

Oui mais… Le zéro déchet exécuté et pensé au premier degré, sans prendre en compte la première source du problème -spoiler : la production de déchets – a peu d’intérêt. 

Du mythe aux limites, viens découvrir avec moi les dessous du zéro déchet. Promis cet article n’est pas aussi moralisateur qu’il en a l’air ! 

zero dechet - mythe aux limites green up

Le mythe du zéro déchet 

L’apparition du mouvement 

Dans les années 70, les scientifiques tiraient pour la première fois la sonnette d’alarme sur les questions du climat, l’exploitation des ressources naturelles et la destruction de la biodiversité

À côté de ça, quelques citoyen.nes ont également mis le hola. En opposition au modèle consumériste, ils et elles se sont lancé.es dans un mode de vie « minimaliste » afin de contrer à leur manière les travers de la mondialisation

bea jonhson zero dechet

Encore très marginaux, ces précurseurs et précurseuses étaient en total décalage avec le reste de la société devenue société de surconsommation

Progressivement, des « communautés » zéro déchet ont vu le jour. À la fin du XXème siècle, le CNIID , « Centre National d’Information Indépendante sur les Déchets » apparaît (l’ancêtre de Zero Waste France).

Tout s’accélère dans les années 2000. La définition du zéro déchet est officiellement adoptée à l’international et la France commence à s’engager plus fortement au niveau du recyclage de ses déchets. 

2010, les librairies accueillent les premiers ouvrages sur cette thématique, qui a de plus en plus la cote. Notamment avec la star du ZD, Béa Johnson, qui a initié un véritable boom de cette pratique. 

Les 5 commandements du zéro déchet 

Refuser, réduire, réutiliser, recycler, rendre à la nature 

Pour gagner fièrement l’étiquette du « bon écolo » il faut absolument connaître les 5 R : refuser ce dont nous n’avons pas besoin, réduire ce dont nous avons besoin, réutiliser ce que nous consommons, recycler ce que nous ne pouvons ni refuser, ni réduire, ni réutiliser, et rendre à la nature (composter) le reste. 

les 5 R zero dechet

En adoptant ces 5 commandements, nous devenons des consom’acteur.ices aguerris. Nous sommes conscient.es qu’acheter c’est voter et que les décisions que nous prenons au quotidien ont le pouvoir de nuire à la société comme de la guérir. 

Le zéro déchet : l’idéal inatteignable 

Le zéro déchet est un mode de vie minimaliste qui se rapproche fortement de la « sobriété heureuse » de notre cher Pierre Rabhi.

sobriete heureuse pierre rabhi

Se désencombrer du superflu, des objets gadgets, des packagings inutiles, qui nous prennent de l’espace, du temps et de l’argent. C’est beau. 

Sauf que vivre sans émettre aucun déchet visible, c’est peut-être possible, en acceptant d’être complètement déconnecté des autres et de la société

Vivre en totale autonomie dans la forêt est sûrement une des solutions miracles pour atteindre ce stade de zéro déchet « parfait ». J’espère que tu as quelques bases en permaculture si tu souhaites te lancer dans ce projet. En partant du principe que tu ne remettras jamais un pied à l’hôpital ou tout autre endroit où les déchets sont encore omniprésents. Pas simple 😉

zero dechet green up

Tu l’auras compris, le but est évidemment de tendre vers le zéro-déchet et d’éviter les dérives pour notre mental

Les limites du mouvement zéro déchet 

Les déchets invisibles 

Revenir à la définition première du déchet

Commençons par le commencement avec la définition du déchet

“Tout résidu d’un processus de production, de transformation ou d’utilisation, toute substance, matériau, produit, ou plus généralement tout bien meuble abandonné ou” que le détenteur destine à l’abandon »


Article L.541-1-1 du Code de l’environnement.

Maintenant que la définition est posée, rentrons dans le vif du sujet. 

Pour nous, consommateur.ices, les déchets sont souvent considérés comme les emballages ou objets que nous jetons à la poubelle. Dénués d’utilité après leur utilisation,  ils sont divers et nombreux : vêtements usés, meubles cassés, paille utilisée, etc.

Une fois cette fameuse poubelle jetée, nos déchets finissent bien souvent dans des décharges ou incinérateurs. Et ça ce n’est déjà pas une super nouvelle pour l’environnement, qui fait face à de nouveaux composés toxiques dans l’air, le sol et l’eau.

Notre sac à dos écologique

Malheureusement, nos déchets ne se limitent pas qu’à ces composés polluants. 

En analysant cette définition officielle du mot déchet, le constat est cinglant. Nous générons bien plus de déchets que nous ne l’imaginons. Car chaque déchet jeté a un déchet caché. Ces déchets invisibles sont aussi appelés « sac à dos écologique » pour mettre en image tous les déchets qu’un objet « trimballe » derrière lui. 

Nous avons tendance à l’oublier facilement mais toutes les étapes de la vie d’un objet génèrent des déchets. De l’extraction des matières premières nécessaires à la production, du transport à son utilisation jusqu’à sa fin de vie, l’objet émet des déchets visibles et invisibles qu’il soit recyclé, incinéré ou enfoui

face cachee des déchets green up

En moyenne, un.e Français.e génère 568 kg d’ordures ménagères (en prenant en compte les déchets des collectivités ou d’activités économiques liés). Malheureusement, ces chiffres ne sont que la partie émergée de l’iceberg de déchets produits en France chaque année. 

En prenant en compte le poids carbone, les ressources naturelles ainsi que la consommation d’eau, nous atteignons 13,8 tonnes de déchets par habitant… Ces ordures ont donc un réel coût environnemental.

Pour en savoir plus, je t’invite à parcourir le rapport : Déchets Chiffres Clés de l’ADEME.

Les éléments à prendre en compte dans une démarche ZD globale

Le « poids carbone » 

Le poids carbone prend en compte les émissions de CO2 engendrées pour chaque produit sur l’ensemble de son cycle de vie (pour sa fabrication, son transport, sa distribution…) 

La « matière mobilisée » 

La matière mobilisée quant à elle correspond aux matières premières nécessaires pour produire un objet. Par exemple, pour un équipement électronique, il faut mobiliser 50 à 350 fois le poids de l’appareil en matières premières. 

Je continue avec une autre comparaison. La production d’1kg de bœuf demande 13 000 litres d’eau et 7kg de céréales en moyenne, ces ressources sont les matières mobilisées. Pour ce qui est du poids carbone, il faut prendre en compte le transport et la distribution de notre viande jusqu’à notre assiette. 

Revoir nos ordres de priorité 

Avant de se lancer dans une démarche zéro déchet, il est important de faire le point sur sa consommation globale

Quand j’ai lu le livre « Zéro Déchet » de Béa Johnson j’étais assez surprise de découvrir que cette dernière prônait un mode de vie écologique très stricte pour le zéro déchet (visible) tout en continuant de prendre l’avion chaque année et de manger de la viande régulièrement (déchets invisibles). Attention, pas de pureté militante ici, juste une réflexion. 

Quand on met autant d’énergie dans l’écologie ou toute autre cause, il faut se préserver. C’est-à-dire, avoir le maximum d’impact en essayant d’économiser ses forces

Pour avoir une idée précise de ce qui émet le plus déchets visibles et invisibles dans ton quotidien, tu peux calculer ton empreinte carbone. Suite à ce test, à toi de voir ce que tu peux faire évoluer pour tendre à une vie plus respectueuse pour la planète

calcul empreinte carbone

Prendre conscience des « parties cachées » de l’iceberg représente la première étape vers une consommation responsable. Au-delà du simple acte d’achat, réfléchir à sa manière d’agir permet de découvrir d’autres pratiques, et d’adapter ses actions en fonction de ses besoins et de ses moyens. 

Les inégalités dans le zéro déchet 

L’accessibilité du zéro déchet 

Le zéro déchet s’avère être une belle affaire de privilégié.es. Il n’y a pas de mal à en faire partie, il faut juste le reconnaître et faire en sorte que cela évolue. Si nous avons l’avantage de pouvoir manger bio et local, avoir des bocaux et pouvoir les remplir en vrac à l’infini, s’habiller avec de la slow fashion, éviter la voiture… c’est que : 

  • nous avons le pouvoir d’achat pour (au départ)
  • nous vivons dans une zone où nous sommes plusieurs à avoir ce pouvoir d’achat 
  • nous avons eu le temps de nous sensibiliser sur le sujet

Bref, les questions géographiques, démographiques, sociologiques et économiques entrent en jeu et influencent la mise en pratique du zéro déchet. 

Pour évoluer sur ce sujet là, des politiques nationales et internationales ambitieuses doivent démocratiser ce mouvement et l’instaurer progressivement pour tous et toutes.

Zéro déchet et sexisme 

Même en étant privilégié.e, un écart se creuse entre les hommes et les femmes.

Je pense que tu l’as déjà remarqué, mais l’écologie en général « intéresse » davantage les femmes… Pas de généralités encore une fois, nombreux sont les hommes à s’engagent eux aussi dans ce combat mais ils sont encore trop peu ! 

Pourquoi ? Parce que tout ce qui touche aux « petits gestes » individuels est souvent relié au logis. Le combat a bien avancé ces dernières années mais les femmes se sentent encore beaucoup plus concernées que les hommes dans les tâches liées à l’habitat. 

charge mentale ecologique

Entre les bocaux en verre, les couches lavables, le batch cooking, les produits ménagers écolo… Très peu pour ces messieurs qui préfèrent soit jeter un oeil de loin soit s’engager sur des projets plus politiques, médiatisés et donc « plus respectés et virils » avec des grands guillemets !  

Zéro déchet : quand le colibri s’essouffle à être parfait 

Se battre contre la surproduction d’objets, tout.e seul.e dans son coin, ça peut rendre maboule. En effet, promouvoir un mode de vie sans déchet quand les entreprises et l’État banalisent la production de produits qui finissent en déchet quelques jours après, c’est désespérant. 

Se sentir complètement en décalage peut vite nous faire sombrer dans l’écoanxiété, ce qui est malheureusement contre productif face à l’urgence que nous avons en face de nous. 

C’est pour cela que réserver l’action à son lieu de vie peut desservir la cause si elle n’est pas liée à une action collective qui combat le problème à la racine

En se remémorant l’étude de Carbone 4 « Faire sa part » qui prouve que chaque individu est limité par le « système socio-technique », nous devons déculpabiliser. Et accepter que tout.e seul.e nous ne pouvons pas avancer aussi rapidement que nous le souhaiterions.  Le zéro déchet ne doit pas être qu’une affaire individuelle. Les politiques se doivent de gérer la réduction de notre consommation de ressources en tant que pays. Les entreprises doivent prendre leurs responsabilités vis-à-vis de leurs produits et la généralisation des initiatives de réduction et de recyclage des déchets.

etat entreprise citoyens responsabilités commune

Le zéro déchet heureux 

En partant du principe que tout émet des déchets visibles ou non visibles, il est absolument primordial de limiter son impact sans pression et de tendre à ce fameux zéro déchet

En plus des 5 R, nous pouvons mettre en place la méthode bisou créé par Marie Duboin et Herveline Verdeken.

méthode bisou antisurconsommation

Mais c’est aussi à nous de réimaginer, recréer, restaurer un nouveau modèle. 

Le zéro déchet facile et sans pression 

Je t’invite à découvrir le zéro déchet facile et sans pression : imparfait , pas si zéro et personnalisé en fonction de tes besoins du côté de Anotherway. Leur projet de réconcilier écologie, plaisir, fun et praticité répond totalement au challenge du zéro déchet aujourd’hui ! 

moins mais mieux

Se former au travail

Nous passons la majeure partie de notre temps à travailler. Mettre du sens dans notre job et primordial est a souvent beaucoup plus d’impact que tout autres »petits gestes ». De plus, chaque citoyen.ne est lié à ce système socio-technique en faisant partie d’une organisation à but lucratif.

Du tertiaire à l’industrie, en passant par le commerce ou le milieu hospitalier : dans tous les secteurs, la marge de manœuvre est grande pour réduire l’impact dû à la production, consommation et émission de déchets. Avec, souvent, des économies à la clé. 

Alors embarquez vos collègues dans l’aventure du zéro déchet avec La Fabrique des Castors

L’équipe organise des conférences de sensibilisation pour donner à chaque collaborateur toutes les clés en main pour se lancer à son échelle. Mais aussi des escape games ludiques et instructifs sous format d’éco-cluedo ou encore des ateliers Zéro Déchet et DIY pour pérenniser les actions à mettre en place dans votre entreprise.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s